Déc 202013
 

by Damo

Aujourd’hui nous vivons dans une société où de plus en plus de gens consomment bio, écolo ou éthique, et ce de plus en plus pour de bonnes raisons. Cependant, le parallèle étant que les personnes les mieux informées sur ce mode de consommation n’étant pas forcément celles qui communiquent le mieux sur le sujet, nous souffrons a priori tous d’un manque d’informations à ce sujet.

Le scandale médiatique, cet incroyable attaché de presse.

Si un nombre toujours croissant de gens se tournent vers une consommation de produits bios, ça n’est pas spécialement par pur militantisme au départ. Nous vivons de plus en plus de scandales alimentaires à travers les médias, et la prise de conscience de ces révélations est toujours très violente : la relation à la nourriture est probablement chez chacun d’une importance bien plus prédominante qu’un scandale médiatique lié à des délocalisations, hélas. Ce qui a trait à notre frigidaire et à ce que nous pouvons tous ingérer chaque jour et nous infliger à nous-mêmes a bien plus d’impact qu’une précarité professionnelle tant qu’elle ne nous touche pas directement.

La fameuse affaire du hachis Parmentier au cheval aura, bien malgré elle, drainé énormément de nouveaux clients dans les moyennes et grandes surfaces spécialisées en produits biologiques, ce qui assure actuellement à ce marché une santé florissante tant que l’information nous fournira toujours plus de preuves du laisser-aller de l’industrie alimentaire…

Manger mieux c’est bien, ou le contraire.

C’est donc un besoin de sécurité alimentaire qui nous préoccupe tous, et nous fait converger vers une alimentation plus saine, quand bien même elle nous paraîtrait plus chère.

Une grande partie des trentenaires que je connais se pressent vers un achat de produits bios à une période de leur vie qui est loin d’être anodine : lorsque leur premier enfant paraît. Il leur semble prioritaire d’accorder une attention soutenue à ce qu’ingère leur progéniture dans les premières années de sa vie, alors que son organisme se forme et qu’elle peut être encore fragile.

Quitte à plus tard, étant donné la cherté d’une alimentation exclusivement bio, nourrir son enfant comme eux-mêmes. Ce qui signifie qu’ils considèrent leur alimentation comme beaucoup moins importante pour leur organisme que celle donnée à leur enfant, curieusement. Même si un bébé est bien plus fragile qu’un adulte, n’est-il pas étrange de penser que nous, nous pouvons nous permettre de manger mal ?

Oui c’est cher, mais…

Tout ceci est du ressort du manque d’information : oui, c’est évidemment mieux de manger des aliments de meilleure qualité, mais encore faut-il savoir quoi et comment.

Car effectivement, les produits biologiques sont plus chers. Mais quoi d’étonnant à cela si ces produits sont de meilleure qualité ? Si l’on tient vraiment à se nourrir mieux, pourquoi ne pas économiser ailleurs par exemple ? Manger bio, consommer écolo, ces attitudes ne fonctionnent quand dans une démarche plus globale, d’une part, dans le changement de sa consommation. Sans verser dans le militantisme le plus sectaire, il faut bien se rendre compte que si l’on veut manger une pomme sans pesticides et qui ait plus de goût qu’un verre d’eau, il faut bien accorder à l’agriculteur qui l’aura faite pousser un salaire minimum décent. Parce que manger une pomme bonne pour la santé et qui a du goût, ça implique de ne pas l’acheter à une entreprise qui la propose à un prix bas car produite en masse en la faisant pousser sur du polystyrène gorgé d’eau, par exemple.

Et encore, l’exemple du prix d’un fruit ou d’un légume n’est pas le plus cohérent. Car de plus en plus d’agriculteurs se tournant vers la production bio, les prix des produits de base baissent de plus en plus. Si vous comparez un magasin bio avec un magasin non-bio, les plus grands écarts de prix se trouveront certainement sur les produits transformés : si l’on veut fabriquer un biscuit au chocolat biologique à 99%, vous aurez besoin de produits biologiques d’un bout à l’autre de la fabrication. Pas forcément prohibitifs pris chacun séparément, mais additionnés, cela fait évidemment grimper le prix pour le consommateur.

C’est aussi une des opportunités intéressantes de changer pour une consommation bio, d’ailleurs, qui soit inscrite dans un changement d’habitudes plus global : vous trouvez le produit transformé trop cher ? Essayez de le fabriquer vous-même, après tout !

Changer, c’est de saison.

Changer d’habitude alimentaire pour une consommation bio, c’est surtout être obligé de s’intéresser à comment pousse ce que l’on mange et à quel moment de l’année. Plus de tomates et de courgettes quand il neige dehors, désolé. Une agriculture biologique c’est une agriculture raisonnée : afin que les produits soient les meilleurs possibles au goût et pour notre organisme, il ne faut pas les forcer à pousser n’importe quand et n’importe comment. Il faut donc accepter de ne se nourrir que de ce qui est de saison, quitte à avoir de mauvaises surprises si le climat n’était pas au rendez-vous…

Ça peut nous permettre aussi au passage d’en apprendre un peu plus sur ce qui nous entoure, après tout !

Car s’il y a bien une façon encore plus intéressante de consommer, en plus de consommer de saison, c’est consommer local. Manger bio, oui, mais si cela vient d’un agriculteur qui travaille et vit pas loin de chez nous, c’est encore mieux : c’est l’assurance d’acheter des produits qui seront bien plus frais en arrivant dans notre assiette. Et surtout de participer à la vie économique de l’endroit où nous et notre famille nous habitons, ce qui est une excellente façon d’éviter les précarités professionnelles dont les médias peuvent nous abreuver, également.

C’est exactement la raison d’être des AMAPs dont vous avez sûrement tous entendu parler un jour, depuis le temps (ou même êtes adhérents).

Mais qu’est ce que c’est, au final, l’équitable ?

Le concept probablement le plus nébuleux d’une consommation bio et écolo est celui d’équitable.

Un mot normalement simple mais qui cache de nombreux sens, autant que de personnes et d’entreprises qui l’emploient. On a même inventé le terme « éthiquable » car celui d’équitable commençait à perdre son sens, certains fabricants ou fournisseurs se l’arrogeant à tort et à travers…

A l’origine il définit uniquement un commerce qui soit rentable aussi bien pour le producteur que le consommateur, en partageant équitablement les charges tout au long de la chaîne. Ce afin de mettre un terme à l’exploitation des petits producteurs de pays émergents, comme on dit pour être poli, et qu’ils perçoivent un salaire décent pour leur activité.

Il est logiquement plus facile d’être sûr qu’on a payé un prix honnête un producteur de café d’Amérique Centrale, que de vérifier par exemple que sa production possède une certification biologique en bonne et due forme. L’éloignement, les différents labels de certification rendent difficile le contrôle à distance. C’est pourquoi parfois, l’équitable existe là où le bio n’existe pas. Mais c’est déjà une bonne manière d’appréhender notre façon de consommer, après tout.

Le problème que cela peut entraîner aujourd’hui, c’est qu’en tant qu’occidentaux habitants de pays riche, nous avons pu nous investir dans le commerce équitable avec des pays émergents en partie par culpabilité.

Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, après tout, si je suis capable de donner de l’argent à une ONG, pourquoi pas à un producteur de café ? Dans un cas comme dans l’autre, je viens en aide à quelqu’un qui en a besoin car j’en ai les moyens. Et dans le cas du producteur de café, je vois au moins le résultat directement dans ma cuisine.

Seulement nous avons pu oublier que, dans notre propre pays, il pouvait aussi y avoir des producteurs en difficulté financière, qui mériteraient qu’on les aide.

Nous commençons à nous en rendre compte, mais il y a certainement encore beaucoup de chemin à faire à ce niveau-là !

En conclusion, docteur ?

Alors oui, consommer des produits bios coûte plus cher que de tout acheter en premiers prix discount, c’est évident. Mais au moins on sait que l’on paie une meilleure qualité, d’une part. Ensuite cette prise de conscience par rapport au prix peut être intéressante si elle nous fait nous demander pourquoi c’est plus cher. Peut-être que cela nous coûterait moins si l’on changeait un peu nos habitudes alimentaires, par exemple. Ou que l’on s’intéressait à ce qui se passe plus près de chez nous, aussi.

Car pour l’instant, même si elle progresse, l’agriculture bio n’est pas encore assez présente sur notre territoire pour permettre de tous nous nourrir à des prix convenables – et ne le sera sans doute jamais, ne pouvant rivaliser avec un mode de production « déraisonnable ».

Mais à défaut de consommer bio, car ce n’est pas toujours possible pour tous ce que nous achetons, nous pouvons au moins essayer de consommer plus souvent « local » (l’idéal étant bien sûr de réussir à allier les deux, ce qui commence à être de plus en plus facile).

Car s’il y a bien un secteur qui connaît encore moins la crise actuellement que les magasins bios, c’est celui du petit marché d’en bas de chez soi !

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